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LEMBEH
Lembeh, c’est
le nom d’une île allongée très proche de la cote ( 200m
à 500m de large pour le détroit ) du coté de Bitung à
40 km environ de Manado. Rien à voir avec l’exubérance
des tombants de Manado.
Des eaux un peu plus froides, pas toujours claires,
des fonds de sable volcanique à perte de vue, un peu de corail sur les bords
sinon apparemment pas d’abri pour la faune si ce n’est le sable. C’était encore
dans les années 80 une zone de migration de gros prédateurs.
Il y a beaucoup de passages de bateaux (surtout des
bateaux Philippins en piètre état et aussi les énormes et solides bateaux de la
PELNI qui sillonnent l’Indonésie). Les fonds ne dépassent pas 30 m et encore,
il faut vraiment chercher, les tempêtes peuvent être violentes, le moindre coup
de palmes soulève des particules qui n’ont pas envie de retomber et vous font
perdre votre binôme. Certains ont déménagé après la première journée de
plongée. Il n’est pas facile de trouver une structure d’accueil. Il y a un « Resort » très coûteux, qui attire des photographes et
biologistes célèbres du monde entier avec des équipements impressionnants et
vous avez intérêt à arriver avant eux pour voir la parade des poissons mandarins
(Synchiropus splendidus) en
pleine eau juste au coucher du soleil , au dessus d’un
énorme buisson d’Acroporas branchus, car ils ne se
poussent guère surtout si vous n’êtes armé que d’un Nikonos.
A première vue, c’est un milieu sans vie, et vous ne comprenez pas ce que font
tous ces photographes : Vous voyez de loin en loin une coque de noix de
Coco et si vous la retournez, surprise, elle est toujours habitée: un petit
diodon épineux tout craintif, des œufs de Seiche flamboyante (Metasepia pfefferi) prêts
à libérer leurs minuscules céphalopodes qui en 2 secondes se parent des couleurs
chatoyantes des adultes. Et puis, d’étranges grondins (Dactyloptena orientalis)
avec des pectorales démesurées s’envolent devant vous
inlassablement. Les Oursins (Astropyga radiata) marchent,
non !! Ils se font transporter par
un crabe. Au bout d’un moment, on voit des crabes partout, des crabes camouflés
sous des éponges ou recouverts de débris, il y en a partout ! De temps en
temps sur un monticule un minuscule poulpe (Octopus cyanea)
guette. Et puis, soudain vous vous apercevez que ce que vous aviez pris pour
des algues filamenteuses est en fait un Scorpionnidé :
le poisson scorpion d’Ambon (Pteroidichthys
amboinensis),
et puis vous allez tomber sur les poissons grenouille (Antennarius sp) jaune vif , rose , noir, orange avec leur petit leurre qu’ils
agitent infatigablement. Certains sont recouverts de « poils longs ».
Les nageoires pectorales ont l’allure de moignons coudés. Ils utilisent la
propulsion par réaction pour se déplacer. L’eau est expulsée de l’ouverture
branchiale (trou circulaire derrière les nageoires pectorales) un peu comme
chez les poulpes. Pour saisir une proie, ils sont plus rapides que n’importe
quel autre poisson et ouvrent une bouche démesurée.
Ici c’est le royaume des poissons scorpion mais pas
ceux que l’on trouve dans les livres d’habitude et pour les identifier ce n’est
pas simple. Ils sont du genre Inimicus ou Rhinopias ou Synanceia. Ils ont tous des épines dorsales venimeuses, ils s’enterrent parfois
dans le sable et comme ils n’ont pas d’écailles, il leur faut changer
régulièrement de peau (cuticule) pour se débarrasser des organismes encroûtants qui s’y installent à cause de leur mode de vie
benthique. Certains sont alors complètement roses. Dans le détroit de Lembeh, les poissons ont adopté un mode de vie sédentaire qui
les a obligés à développer à l’extrême les techniques
de camouflage et d’embuscade.
Au milieu de ces eaux troubles, de ces habitants inquiétants,
on rencontre de superbes anémones notamment la Macrodactyla doreensis, aux
tentacules qui forment des boucles souples et des Heteractis aurora
complètement déployées avec leur couronne de tentacules frisés et puis des
anémones adhésives moelleuses richement
colorées. On y rencontre L’Amphiprion polymnus
(à selle), rare à Manado, et le Pterapogon kauderni échappé
d’un élevage alors qu’il est endémique des iles Bangaï plus au Sud où il vit dans les coraux branchus. Eh
bien à Lembeh, il a colonisé de grosses Macrodactyla Doreensis
et y a installé une progéniture impressionnante par le nombre. Et puis, il y a
ces poissons Feuille cacatoès (Ablabys taeniotus) qui tentent de rester
perpendiculaires au sable mais qui sont si plats qu’ils se font chavirer
constamment, l’Hippocampe pygmée (Hippocampus bargibanti) si
petit dont la peau reproduit les calices des polypes de la gorgone qu’il
affectionne, et le poisson Fantôme moucheté, et les couples de poissons Pégase
qui ressemblent à de minuscules ornithorynques.
Pour plonger à Lembeh, il
faut supporter la vase, les eaux troubles et être parfaitement équilibré car le
contact avec le sable peut avoir des conséquences cuisantes. Plonger de nuit
réserve
des rencontres encore plus invraisemblables mais attention à vos genoux et à
vos mains.
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